Mатрёшки

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Parmi les nombreuses possibilités de recherches généalogiques, l’on distinge notamment les recherches sur une branche familiale « agnatiques », en remontant une lignée de pères, des recherches « cognatiques », par les mères.

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Ces deux approches, en modifiant le point de vue, permettent d’avoir une vision plus ouverte et moins inclusive.

Les territoires géographiques peuvent changer ainsi que les catégories sociales.

En remontant la branche cognatique il est intéressant de découvir à chaque génération de nouveaux patronymes, c’est en ce sens assez stimulant en rompant avec une monotonie relative des recherches agnatiques

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j’ai donc pris le parti d’explorer ma branche maternelle directe, et il semble à première vue que je puisse assez aisément remonter à la fin du XVIe siècle, avec un habitat localisé au Nord Est de Saint Étienne sur les collines qui dominent la plaine du Forez.

C’est aussi un bon moyen de redécouvrir la structuration et le rôle des familles dans l’ancienne France (même si malheureusement je pense qu’il me sera difficile de remonter au delà du XVIe siècle) et depuis la promulgation du Code Civil de 1804.

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Marie Hélène Renaut dans son « Histoire du droit de la famille » (Ellipses) apporte un éclairage intéressant. Aprés le modèle clanique de l’époque des Francs, le lignage pendant la période Féodale, la famille Médiévale née à partir de 1150 sous l’impulsion et le contrôle de l’église. Celle ci impose au travers du droit canonique sa conception de la famille conjugale, ie une multiplication d’entités autonomes qui deviennent les cellules de base de la société politique. C’est un système patriarcal qui est en parallèle instauré. Entre le XVIe et le XVIIIe siècle, le pouvoir royal légifèrera en matière de mariage, filiation et transmission, consacrant progressivement le déclin de la mainmise de l’église, lequel sera définitif à partir de la Révolution Française.

 

Jules Richer / Forgeron en limes

Jules RICHER 1841 – 1906 (Sosa 12)

Toujours l’acier au cœur de la révolution industrielle, cet alliage de fer et de carbone dont la maîtrise sera acquise au XIXe siècle et sans lequel « …que seraient les outils, les machines à vapeur, le réseau ferré, les ponts, les superstructures des grands magasins et des halles modernes… utilisé (aussi) dans l’armement, dans les moteurs à vapeur et à essence, l’acier devient un matériaux stratégique » (*)

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« La forge » Peinture de Francisco de Goya

Jules Richer est lui forgeron en limes, la définition de ce métier serait aujourd’hui sans doute coutelier. Peu d’éléments trouvés sur sa biographie et sur son activité professionnelle à Tours. Ce m’est apparu comme emblématique est le fait qu’à coté des mineurs et des ouvriers textiles parmi mes ascendants, il vient compléter la trilogie qui a jeté au XIXe siècle les bases de la révolution industrielle.

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Il quittera Tours pour venir s’installer dans la Loire, au Chambon Feugerolles. La métallurgie y est apparue dans la seconde moitié du XIXe siècle avec l’installation des usines Crozet-Fourneyron, Claudinon, Chambert puis pendant la Guerre de 1914-1918 celles de Forges et Camargue qui produisait des aciers spéciaux.

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Les fabrications étaient assez variées : limes, pièces forgées ou moulées, éléments pour l’armement, outils…

En 1880 la ville recensait 480 métallurgistes, environ 1 000 ouvriers de forge et 900 pour la taille des limes.

Sources :

Wikipedia

(*) Gérard Hartmann « L’acier historique »

I – Indre et Loire (Tours)

Marie, Mélanie, Antoinette TOUSSAINT 1851 – 1934 (Sosa 13)

Antoinette Toussaint est née le 5 Octobre 1851 à 4 heures du matin à L’Houmeau en Charente Inférieure (La Charente Maritime de nos jours).

Située en face de l’ile de Ré, au Nord-Ouest de La Rochelle, la commune comptait environ 350 habitants en 1851.

Son père Antoine, né en 1804 à proximité à Nieul sur Mer était épicier, sa mère Magdelaine Guittet était née à Niort en 1809, Niort où il se sont mariés en 1830.

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Il décèdent à Tours, où ils semblent avoir vécu une grande partie de leur vie, à quelques jours d’intervalle, lui le 10 Février, elle le 2 Janvier 1880, d’une l’épidémie survenue pendant cette période (Variole, Typhoïde, Rougeole ?…).

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Antoinette a donc 28 ans lorsque ses parents décèdent, elle se marie le 24 Juillet 1880 avec Jules Alphonse Richer, un « forgeron en limes » veuf âgé de 38 ans qui habitait quelques rue plus loin (7 rue du vieux pont) que l’atelier de blanchisserie qu’elle avait ouvert à Tours, 3, Rue des Capucins à proximité des quais de la Loire et du Pont de Fil.

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En 1887 naitra mon grand-père Marcel Richer.

Pour une raison que j’ignore, la famille déménage dans la Loire pour s’établir au Chambon Feugerolles dans la vallée de l’Ondaine où Jules Richer exercera le métier de fondeur. Cette vallée située à l’Ouest de Saint Etienne était réputée pour ses forges et ses activités métallurgiques.

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Il décèdera le 19 Juin 1906 d’une commotion cérébrale, laissant sa femme et son fils agé de 19 ans.

Ils habiteront ensemble 136 rue de Roanne, trace est retrouvée sur le livret militaire de mon grand-père pour l’année 1910

Une vie mouvementée donc, qui l’aura conduite des berges de l’océan à la plaine du Forez avec une escale à Tours, il serait évidemment intéressant de connaître les raisons de ces déplacements qui différencient assez remarquablement sa vie de celle de mes autres ascendants qui sont eux restés vivre globalement dans la même région que leur parents.

F – Filiation naturelle

Alphonse RICHER né le 11 Novembre 1813 (Sosa24)

Alphonse RICHER est né à Châteaudun (Eure et Loir) le 11 Novembre 1813 fils de Marie Françoise RICHER veuve de Pierre Claude VALLET décédé le 2 Mai 1812, 18 mois auparavant.

C’est dire que mathématiquement Pierre Claude VALLET ne pouvait être le père biologique…, et donc qu’il s’agit d’un enfant naturel qui portera donc  le patronyme de sa mère.

La présentation de l’enfant a été faite par le médecin accoucheur, le docteur Combettes dont on admirera la belle signature au bas de l’acte.

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C’est l’occasion de faire une courte synthèse de l’évolution du statut, forcément précaire, des enfants naturels, adultérins, incestueux ou abandonnés au regard du droit en partant de la période Romaine, statut qui a été aussi au centre d’une abondante littérature de Charles Dickens à Victor Hugo.

Pendant le Haut-Empire à Rome l’enfant naturel est rattaché à sa mère en vertu du principe « nul n’est bâtard par sa mère », le père peut demeurer inconnu cela n’entache en rien la filiation.

Sous l’influence du christianisme, cette conception tolérante et ouverte va être battue en brèche sous le Bas Empire, notamment pour les enfants incestueux et adultérins nés « d’une union condamnée » (ex damnato coitu)

Après la chute de l’empire Romain, l’église impose le mariage chrétien aux Francs.

La cellule familiale reste la structure de base de la société et tout ce qui a pu y porter atteinte sera combattu sans relâche et tout particulièrement les naissances hors mariage.

Cette conception rigoriste et exclusive sera la règle jusqu’à la Révolution Française, l’enfant naturel est un bâtard, un « enfant de bas » qui est écarté des successions selon la maxime « le frère écarte le bâtard ».

Si le législateur de 1789 ne traitera pas de cette question, il faudra attendre le décret du 12 brumaire an II qui déclare l’assimilation complète de l’enfant naturel à l’enfant légitime, ce décret étant par ailleurs rétroactif (rompant ainsi avec le principe de non rétroactivité de la règle de droit) ce qui sera une source on l’imagine de situations aussi inextricables que chaotiques…

Le Code Civil de 1804 opère un retour en arrière et affirme la supériorité de la filiation légitime.

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Il faudra attendre la IIIe République et le XXe siècle pour que le droit évolue enfin, mais progressivement, en faveur de l’assimilation des filiations légitimes et naturelles.

Sources :

Histoire du droit de la famille

Marie-Hélène Renaut

Ellipses

Gravure d’en-tête « Les Misérables » Henri Fescourt film muet de 1925 (Pathé Cinéma)