E – Espagnole (Grippe)

Anne CORDONNIER 1880-1921 (Sosa11)

Mon arrière grand mère, Anne CORDONNIER est décédée à 38 ans, en Janvier 1919 à Lyon, vraisemblablement de la grippe Espagnole.

Je suis arrivé à cette conclusion compte tenu d’une part de son jeune âge et d’autre part du fait que le nombre de décès enregistrés pendant cette période sur les registres de la ville de Lyon est stupéfiant, plusieurs dizaines par jour…

Parfois un événement historique transparait à travers la simple lecture d’archives.

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La « grippe Espagnole » est apparue en 1918, avec une première vague au printemps. C’était alors une épidémie sans conséquences notables en termes de santé, une grippe banale.

Mais le virus a muté à l’automne, et a causé une véritable hécatombe au plan mondial, raison pour laquelle on parle de pandémie.

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Les cimetières militaires sont remplis en 1918 de soldats non pas tombés sous les balles ennemies mais emportés en quelques jours par un virus souche H1N1, ce que l’on appelait alors une grippe infectieuse.

En France et en Allemagne en guerre les faits sont occultés, le gouvernement espagnol constatant la même propagation sur son sol  du virus attirera l’attention du monde ce qui vaudra à cette grippe d’être baptisée « espagnole ».

L’origine de la pandémie se situerait (c’est à mettre au conditionnel) au cœur des États Unis, au Kansas dans le comté de Haskell, les soldats Américains en assurant involontairement sa propagation. Toutefois des travaux récents contestent cette version, il y a donc semble t il encore matière à débat même si l’option d’une origine aux USA reste trés vraisemblable.

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En seulement 5 mois, un tiers de l’humanité va être contaminée, les 20-40 ans sont les plus touchés, on comptera au final entre 25 et 50 millions de morts.

C’est 5 fois plus que les morts liés à la guerre !

Le port du masque de protection se répand, pendant plusieurs mois la vie s’arrête.

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L’épidémie n’épargnera persone, ni les soldats ni les poètes… 9 Novembre 1918, affaibli par une blessure à la tempe causée par un éclat d’obus en 1916, trépané et affaibli, Guillaume Apollinaire décède sur un lit d’hôpital, deux jours avant la signature de l’armistice…

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Sources :

Reportage France 3 06/04/2018

Le Figaro Santé Pauline Fréour 29/04/2014

L’histoire en 18 images par seconde ?

Entre 1895 et 1927, un nouveau mode d’expression artistique naît, et invente son propre langage,  le cinéma muet. Un langage qui renforce ce sentiment étrange pour le spectateur d’aller à la rencontre de ses ancêtres, fantomatiques traces sur la pellicule argentique utilisée alors.  La prise de vue manuelle en 16 ou 18 images seconde, qui plus tard se normalisera en 24 images seconde accentue à la projection ce caractère spectral.

Pour l’historien et pour le généalogiste qui souhaite mettre en perspective la vie des ascendants proches (on remonte en effet tout au plus à la quatrième génération)  c’est un témoignage puissant de la vie à cette époque, un moyen inestimable de donner de la chair aux représentations que nous pouvons avoir de la vie quotidienne de nos grands parents.

Les exemples sont innombrables, j’en mentionnerai seulement 3 dans des registres très divers.

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Le cinéma des frères Lumière qui est un formidable témoin de la vie en France (dans le monde aussi) et notamment en province dans les années 1900. Des centaines de courts métrages au format 4:3 d’environ 50 secondes chacun (le temps nécessaire pour vider la chambre de la caméra) ont ainsi été tournés en une seule prise avec des figurants, comédiens improvisés, souvent des proches ou amis de la famille.

On assiste ainsi à la sortie de l’usine Lumière à Lyon, à un partie de carte, au déjeuner d’un enfant, à l’entrée d’un train en gare de La Ciotat, à des prises de vue à Venise, en Égypte, au bord de la Méditerranée…. on découvre des scènes de la vie quotidienne, souvent gaies, enjouées et insouciantes.

Thierry Fremaux (Directeur de l’Institut Lumière et Délégué Général du Festival de Cannes) a magnifiquement présenté et commenté une sélection de 108 de ces courts métrages à travers le film « Lumière ! L’aventure commence » distribué par Ad Vitam.

En URSS dans les années 20, Dziga Vertov a institué le « Kino Pravda » cinéma « vérité », la camera étant considéré avant tout comme un oeil, un moyen de fixer la réalité, de témoigner et de mettre en valeur les gens et leur environnement. Ainsi a été réalisé « L’homme à la caméra » (Cf. image à la une de ce billet) , extraordinaire film sur la vie quotidienne à Odessa en 1929, retraçant la vie de cette métropole sur l’unité de temps d’une journée, dans les rues, les usines, les bureaux, les appartements, les hôpitaux, et les évènements qui balisent nos vies, la toilette du matin, les repas, la naissance d’un enfant, un mariage, le cortège d’un enterrement….

Tant pour les films des frères Lumière que pour ceux de Dziga Vertov, il serait faux de parler de documentaires, si il n’y a pas d’acteurs célèbres, si ce sont les habitants, les ouvriers et les passants qui sont présents à l’écran, si c’est la vie quotidienne qui est enregistrée, il y a certes une volonté de mise en scène, que ce soit au niveau de la prise de vue ou celui du montage pour Vertov, mais pour autant c’est bien de la vraie vie qu’il est question, avec de vraies personnes qui viennent à notre rencontre le temps d’une projection ou d’un regard caméra qui l’espace d’un instant croise de manière troublante celui du spectateur.

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Plus sombre, mais partant en accord avec la période pendant laquelle il a été tourné, « Dr Mabuse le joueur » de Fritz Lang nous plonge au coeur de la République de Weimar en Allemagne en 1922 et à travers cette fiction il démonte les mécanismes qui constituèrent les prémices de la deuxième guerre mondiale et de la montée des idéologies mortifère de la première moitié du XXe siècle. Ici c’est la vie à  Berlin dans l’entre deux guerres que nous découvrons en arrière plan du scénario et du film d’action.

D’ailleurs le sous titre du film est sans équivoque « Le joueur, une image de notre temps » !

Le cinéma était alors un moyen de fixer la réalité de l’époque, un moyen au sens premier extra-ordinaire qui enregistrait la vie de tous les jours et qui fut un témoin de cette période si proche et qui semble si lointaine…

« In weiter Ferne, so nah » dirait Wim Wenders pour rester sur une parabole cinématographique !