H – Houilliers

Jacques DENIS 1837 – Sosa 38

« Dans la taille, le travail des haveurs avait repris. Souvent ils abrégeaient le déjeuner pour ne pas se refroidir, et leurs briquets, mangés aussi loin du soleil, avec une voracité muette, leur chargeaient de plomb l’estomac. Allongés sur le flanc, ils tapaient plus fort, ils n’avaient que l’idée fixe de compléter un gros nombre de berlines.

Tout disparaissait dans cette rage du gain disputé si durement. Ils cessaient de sentir l’eau qui ruisselait et enflait leurs membres, les crampes des attitudes forcées, l’étouffement des ténèbres où il blêmissaient ainsi que des plantes mises en cave.

Pourtant à mesure que la journée s’avançait, l’air s’empoisonnait davantage, se chauffait de la fumée des lampes, de la pestilence des haleines, de l’asphyxie du grisou gênant sur les yeux comme des toiles d’araignées, et que devait seul balayer l’aérage de la nuit.

Eux au fond de leur trou de taupe, sous le poids de la terre, n’ayant plus de souffle dans leurs poitrines embrasées tapaient toujours …» *

Émile Zola, Jules Verne et tant d’autres seront les témoins de la révolution industrielle et des bouleversement qu’elle opèrera au sein de la société occidentale et particulièrement en France au XIXe siècle.

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A l’origine il y a le charbon de bois dont le pouvoir énergétique sera vite supplanté par le charbon issu de la terre, la houille, offrant plus de potentiel énergétique et de nombreuses ressources à exploiter dans les sous-sols.

Le charbon permet la production de vapeur, le symbole de cette révolution étant le train qui permet « d’effacer les distances et de réduire le temps »

Le charbon qui alimentera les hauts fourneaux pour produire de l’acier pour construire des machines, des éléments de structures industrielles, de génie civil,…

Les bourgeoisies urbaines investiront pour construire mines et usines et feront appel à une main d’œuvre essentiellement issue des campagnes, cultivateurs et paysans , la classe ouvrière apparaît ainsi pendant que progressivement l’économie rurale et agricole s’atrophie avec la migration vers les villes de dizaines de milliers de paysans.

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Cela est tellement flagrant à la lecture de certaines branches de ma généalogie, notamment la branche Denis qui est le prétexte de cette réflexion.

Les conditions de travail de ces mineurs sont épouvantables et même inimaginables au prisme de nos vies contemporaines, moins de deux siècles plus tard.

Sources :

Emile Zola « Germinal » (*)

Pierrick Auger « les mineurs au XIXe siècle »

 Jules Verne :

Les Indes Noires

Les 500 millions de la Begum

 

B – Beaubrun (Mine de)

 

Anne DENIS 1843 – (Sosa 19)

Anne Denis est née le 14 Février 1843 dans la commune de Beaubrun dans la Loire, d’une famille de mineurs. Son père Jacques né en 1817 était « houillier » de profession lors de la naissance de sa fille.

L’activité minière du bassin Stéphanois remonte au XVIIIe siècle et résulte d’une particularité topographique, la présence à faible profondeur de 3 couches de minerai qui affleurent par endroit les versant de la colline des quartier de Beaubrun et de la Tarentaise.

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Lors de la naissance d’Anne, la commune de Beaubrun avait été créée un an auparavant par détachement de celle de Montaud, elle sera finalement rattachée à Saint Étienne en 1855.

Beaubrun au cœur du secteur minier sera reliée au réseau ferroviaire à partir du quartier du Clapier où une gare sera construite, le nœud ferroviaire ainsi créé permettant l’acheminement du minerai. En 1850 seul un puit (Châtelus I) était en exploitation, les suivants furent ouverts en 1870 et 1907, au XXe siècle l’activité va décroitre après la seconde guerre mondiale, le site étant totalement démantelé en 1971.

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C’est un alors un quartier populaire, vivant et animé situé à l’Ouest de la ville, face au Crêt de Roc à l’Est où se concentraient en XIXe siècle les activités textiles (Passementerie et rubanerie).

Puis au XXe siècle, dans les années 1970 Beaubrun a été dans le mauvais sens du terme un quartier emblématique de la misère et de la précarité.

L’habitat était insalubre il s’en est ensuivi une désertification progressive… des projets urbains récents, dans le cadre de ce que l’on appelle « la politique de la ville » ont conduit à vider définitivement le quartier de son âme. Il est désormais traversé par une voie routière de contournement qui a justifié de détruire l’essentiel du secteur pour mieux le sectionner.

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À l’emplacement de la mine ont été aménagés un parc et un musée, moyens commodes de se déculpabiliser et de célébrer un site déshumanisé après l’avoir laissé à l’abandon et défiguré.

Illustration terrible du manque de vision de nos contemporains dépositaires d’un patrimoine qu’ils ont effacé purement et simplement.

Sources :

Wikipedia

France Bleu