B – Beaubrun (Mine de)

 

Anne DENIS 1843 – (Sosa 19)

Anne Denis est née le 14 Février 1843 dans la commune de Beaubrun dans la Loire, d’une famille de mineurs. Son père Jacques né en 1817 était « houillier » de profession lors de la naissance de sa fille.

L’activité minière du bassin Stéphanois remonte au XVIIIe siècle et résulte d’une particularité topographique, la présence à faible profondeur de 3 couches de minerai qui affleurent par endroit les versant de la colline des quartier de Beaubrun et de la Tarentaise.

thumb.ashx

Lors de la naissance d’Anne, la commune de Beaubrun avait été créée un an auparavant par détachement de celle de Montaud, elle sera finalement rattachée à Saint Étienne en 1855.

Beaubrun au cœur du secteur minier sera reliée au réseau ferroviaire à partir du quartier du Clapier où une gare sera construite, le nœud ferroviaire ainsi créé permettant l’acheminement du minerai. En 1850 seul un puit (Châtelus I) était en exploitation, les suivants furent ouverts en 1870 et 1907, au XXe siècle l’activité va décroitre après la seconde guerre mondiale, le site étant totalement démantelé en 1971.

l-ancienne-place-roannelle-au-debut-du-xx-e-siecle-photo-dr-1479278308

C’est un alors un quartier populaire, vivant et animé situé à l’Ouest de la ville, face au Crêt de Roc à l’Est où se concentraient en XIXe siècle les activités textiles (Passementerie et rubanerie).

Puis au XXe siècle, dans les années 1970 Beaubrun a été dans le mauvais sens du terme un quartier emblématique de la misère et de la précarité.

L’habitat était insalubre il s’en est ensuivi une désertification progressive… des projets urbains récents, dans le cadre de ce que l’on appelle « la politique de la ville » ont conduit à vider définitivement le quartier de son âme. Il est désormais traversé par une voie routière de contournement qui a justifié de détruire l’essentiel du secteur pour mieux le sectionner.

fullsizeoutput_a5f

À l’emplacement de la mine ont été aménagés un parc et un musée, moyens commodes de se déculpabiliser et de célébrer un site déshumanisé après l’avoir laissé à l’abandon et défiguré.

Illustration terrible du manque de vision de nos contemporains dépositaires d’un patrimoine qu’ils ont effacé purement et simplement.

Sources :

Wikipedia

France Bleu

A – Armuriers

Joseph AULAGNIER 1894 – 1935 (Sosa 4) et Jean-Baptiste AULAGNIER 1856 – 1916 (Sosa 8)

Jean-Baptiste Aulagnier était menuisier au début de sa vie professionnelle, puis est devenu armurier, son fils Joseph a suivi la même voie. Rien que de très banal à Saint-Étienne, la ville des armuriers qui fut même baptisée Armeville sous la Révolution Française.

C’est sous Louis XV qu’y sera créée la Manufacture Royale d’armes, en 1764, implantée Place Chavanelle elle fournira les armée de France et de nombreux pays européens.

Cette spécialisation de la ville ne cessera de croître et on remarque une croissance continue de l’activité pendant et après la Révolution de 1789 et ce jusqu’en 1940.

Sous Napoléon III elle deviendra la Manufacture Impériale d’Armes. Les locaux seront transférés sous le Second Empire vers la route de Roanne, sur 12 hectares où seront construits 22000 m2 d’ateliers et de bureaux.

fullsizeoutput_a5b.jpeg

Au cours du XIXe siècle, la production atteindra 30.000 armes par an.

En 1894  « la Manu » comme l’appelaient les stéphanois devient un établissement d’état dirigé par le Ministère de la Guerre, l’usine comptait alors 10.000 ouvriers.

thumb.ashx

Pendant les deux guerres mondiales la production restera très soutenue avec un maximum de 11.000 salariés. Les armes produites sont des armes légères mais aussi des armes antichar et des canons pour blindés.

Après 1940 on assiste à un lent mais inexorable déclin, pour ne plus compter que 2200 salariés en 1981, la reprise par GIAT Industries en 1989  puis la fermeture définitive en 2001…

La deuxième grande structure de production d’armes (et de cycles) était Manufrance, créée en 1865 par Etienne Mimard, les armes produites étant essentiellement des armes de chasse. A son apogée Manufrance emploiera 4000 salariés avec 64 magasin pour la vente de détail dans l’hexagone. Fin de l’histoire en 1980 avec une liquidation judiciaire.

Enfin, à côté de ces deux géants, on a compté jusqu’à 175 artisans et petites entreprises installés dans la ville (notamment rue des armuriers).

fullsizeoutput_a5c

Joseph Aulagnier de retour des Dardanelles en 1916 et aprés avoir été blessé au combat fut temporairement détaché par l’armée à l’usine DARNE (une armurerie privée renommée pour sa production de fusils de chasse) au 52 Cours Fauriel à Saint Etienne. On imagine qu’elle devait alors elle aussi concourir à l’effort national de guerre comme de nombreuses autres usines d’armement à Saint Etienne et en France.

Sources :

Le Progrès

Wikipedia

Fusils Darne

 Histoire usine Darne

Challenge AZ

Alors que je décide de participer au Challenge AZ, je m’interroge sur l’angle éditorial que je peux adopter…

Mon expérience est quasi inexistante, j’ai tenté, il y a maintenant 6 mois, de reconstituer la généalogie de ma famille. Très vite la passion m’a gagné, mais pour autant je reste un novice et donc n’ai strictement aucune prétention en abordant ce Challenge que je considère avant tout comme une « contrainte ludique » :

« comment décliner sur 26 articles les premières bribes de documents que j’ai commencé à rassembler plus ou moins laborieusement et qui restent très parcellaires  ? »

En même temps, la mise en contexte de cette histoire familiale, les correspondances historiques et géographiques que je ne peux m’empêcher de juxtaposer avec l’évolution de la société française entre le XVIIIe et le XXe siècle m’enthousiasment  très vite, et à ce stade j’ai envie de distinguer quelques thèmes, quelques lieux, quelques parcours, ce travail étant, déjà en lui-même, structurant.

Je suis hors sujet en ce que je n’ai pas trouvé matière à décliner une thématique particulière, mais l’envie de relever un défi et de ne pas remettre à l’année prochaine ce qui finalement peut être tenté d’ores et déjà, même imparfaitement, m’incite à m’engager malgré tout dans le ChallengeAZ 2018.

Bien évidemment mon approche restera à ce stade très didactique et scolaire, elle s’appuie sur des recherches iconographiques et contextuelles que je suis allé chercher dans des publications sur internet pour nourrir les thèmes que j’avais sélectionnés.

Je me suis attaché à indiquer clairement les sources de ces recherches, mon but étant de proposer de courtes synthèses d’articles découvertes ici et là dont je ne suis pas l’auteur, « doctus cum libro » disait mon professeur d’allemand au collège,  je l’assume pleinement et ne m’en cache pas, à tout le moins  j’ai eu plaisir à engager ce travail et à commencer à structurer mes idées.

Michel Aulagnier

Photo d’en tête Schuiten Peeters – « Les Cités obscures – L’archiviste »

S’inscrire dans une chronologie…

Le généalogiste par définition inscrit ses recherches dans l’histoire en remontant chronologiquement les générations et en situant les individus qui les composent dans le temps.

On définit ainsi la généalogie comme science auxiliaire de l’histoire compte tenu de leur étroite corrélation.

Pour autant, l’approche méthodologique des deux disciplines est assez différente. Là où l’une reste essentiellement (mais non exclusivement) dans une démarche chronologique verticale, l’autre tend depuis les années 70 à privilégier la transversalité.

Cette rupture dans la méthode d’enseignement de l’histoire remonte au début des années 70, comme l’expliquait Philippe Klaus lors d’un séminaire sur les nouvelles pratiques pédagogiques :

« L’évolution rapide des attentes de l’institution a pu déstabiliser de nombreux enseignants. Après une relative stabilité des instructions officielles tout au long de la IIIème et de la IVème République, l’arrêté du 7 août 1969 qui réserve six heures aux disciplines d’éveil et les textes de 1977 qui les définissent marquent une rupture profonde.

Pendant plus d’un demi-siècle l’histoire, la géographie, la morale et l’instruction civique ont été des enseignements indissociables au service de la patrie et de la République. Les programmes, très structurés, insistaient sur la nécessité de faire connaître les plus grands personnages et les faits principaux de l’histoire nationale. En histoire, la méthode pédagogique préconisée s’appuyait sur le récit et sur un dialogue entre le maître et ses élèves. Les instructions officielles insistaient de plus sur l’observation, la mémorisation et la localisation.

Avec les textes du début des années 70, l’objectif a été d’éveiller la curiosité des élèves, de leur apprendre à réfléchir à partir d’observations, en partant du plus proche pour aller au plus lointain, avec une forte insistance sur l’exploitation de l’environnement proche. Les activités d’éveil ont suscité de fortes résistances, elles étaient objectivement difficiles à réussir, elles étaient contestables (…), dans la mesure où elles présentaient les faits, les évènements, les situations de façon occasionnelle sans l’exigence de la chronologie et sans prise de conscience de la relativité des valeurs. » (1)

Cette volonté affichée de modifier le mode d’enseignement de l’histoire jugé de manière péjorative « au service de la patrie et de la République » a conduit à une réforme drastique, à une révolution culturelle au sens premier du terme, l’enseignement traditionnel ne permettant pas selon les promoteurs de cette réforme de favoriser « la prise de conscience de la relativité des valeurs »…

Il fallait casser ce modèle suspect d’arrières pensées rétrogrades, il fallait en recomposer un plus conforme à la pensée « mainstream » pour reprendre ce terme anglais de « marketing », et effacer purement et simplement l’ancien qui n’était plus conforme à la nouvelle doxa.

Donc l’exigence de la chronologie et d’une vision globale de l’histoire de France seront abandonnées sur l’autel de cet a priori dogmatique et idéologique.

horloge-astronomique-prague-1

… Je me souviens encore de mon premier TD d’Histoire des Institutions et du grand moment de solitude qui nous a tous saisi lorsque l’assistant en préambule de son premier cours nous a demandé de noter sur une feuille les principales dates marquant la chronologie des systèmes politiques de l’ouverture des États généraux à Versailles aux débuts de la Vème République. Nous en étions incapables, nous n’avions aucune vision d’ensemble ! Comment ensuite pouvoir comprendre que les évènements devaient aussi être mis en perspective les uns par rapport aux autres avant de prétendre les analyser.

Cette expérience est à mettre en parallèle avec ce que François Lebrun écrit dans le préambule de son livre sur « L’Europe et le Monde XVIème – XVIIIème siècle » (2) :

« … en mettant l’accent sur l’histoire thématique ou structurelle au détriment de l’histoire chronologique, ces nouveaux programmes se sont révélés dommageables… si les meilleurs des bacheliers entrant désormais en première année d’histoire à l’université connaissent bien certaines questions, la plupart, sinon tous, manquent cruellement de cette connaissance minimale du tissu évènementiel sans lequel toute réflexion historique est condamnée au verbiage... »

La généalogie permet de se réapproprier ce tissus évènementiel en ce qu’inévitablement nous relions la vue de nos ancêtres à leur temps, à l’histoire, aux soubressauts politiques, économiques et sociaux, cela dans une démarche chronologique structurée qui permet dans un deuxième temps d’avoir une approche plus transversale.

La généalogie est ainsi peut être plus révolutionnaire qu’elle n’y parait de prime abord !

(1) Actes du séminaire – Acquis des élèves et pratiques d’enseignement à l’école primaire, au collège et au lycée – Philippe Claus, inspecteur général de l’Éducation nationale, groupe du premier degré

(2) Éditions Armand Colin

L’histoire en 18 images par seconde ?

Entre 1895 et 1927, un nouveau mode d’expression artistique naît, et invente son propre langage,  le cinéma muet. Un langage qui renforce ce sentiment étrange pour le spectateur d’aller à la rencontre de ses ancêtres, fantomatiques traces sur la pellicule argentique utilisée alors.  La prise de vue manuelle en 16 ou 18 images seconde, qui plus tard se normalisera en 24 images seconde accentue à la projection ce caractère spectral.

Pour l’historien et pour le généalogiste qui souhaite mettre en perspective la vie des ascendants proches (on remonte en effet tout au plus à la quatrième génération)  c’est un témoignage puissant de la vie à cette époque, un moyen inestimable de donner de la chair aux représentations que nous pouvons avoir de la vie quotidienne de nos grands parents.

Les exemples sont innombrables, j’en mentionnerai seulement 3 dans des registres très divers.

fullsizeoutput_a15

Le cinéma des frères Lumière qui est un formidable témoin de la vie en France (dans le monde aussi) et notamment en province dans les années 1900. Des centaines de courts métrages au format 4:3 d’environ 50 secondes chacun (le temps nécessaire pour vider la chambre de la caméra) ont ainsi été tournés en une seule prise avec des figurants, comédiens improvisés, souvent des proches ou amis de la famille.

On assiste ainsi à la sortie de l’usine Lumière à Lyon, à un partie de carte, au déjeuner d’un enfant, à l’entrée d’un train en gare de La Ciotat, à des prises de vue à Venise, en Égypte, au bord de la Méditerranée…. on découvre des scènes de la vie quotidienne, souvent gaies, enjouées et insouciantes.

Thierry Fremaux (Directeur de l’Institut Lumière et Délégué Général du Festival de Cannes) a magnifiquement présenté et commenté une sélection de 108 de ces courts métrages à travers le film « Lumière ! L’aventure commence » distribué par Ad Vitam.

En URSS dans les années 20, Dziga Vertov a institué le « Kino Pravda » cinéma « vérité », la camera étant considéré avant tout comme un oeil, un moyen de fixer la réalité, de témoigner et de mettre en valeur les gens et leur environnement. Ainsi a été réalisé « L’homme à la caméra » (Cf. image à la une de ce billet) , extraordinaire film sur la vie quotidienne à Odessa en 1929, retraçant la vie de cette métropole sur l’unité de temps d’une journée, dans les rues, les usines, les bureaux, les appartements, les hôpitaux, et les évènements qui balisent nos vies, la toilette du matin, les repas, la naissance d’un enfant, un mariage, le cortège d’un enterrement….

Tant pour les films des frères Lumière que pour ceux de Dziga Vertov, il serait faux de parler de documentaires, si il n’y a pas d’acteurs célèbres, si ce sont les habitants, les ouvriers et les passants qui sont présents à l’écran, si c’est la vie quotidienne qui est enregistrée, il y a certes une volonté de mise en scène, que ce soit au niveau de la prise de vue ou celui du montage pour Vertov, mais pour autant c’est bien de la vraie vie qu’il est question, avec de vraies personnes qui viennent à notre rencontre le temps d’une projection ou d’un regard caméra qui l’espace d’un instant croise de manière troublante celui du spectateur.

fullsizeoutput_a17.jpeg

Plus sombre, mais partant en accord avec la période pendant laquelle il a été tourné, « Dr Mabuse le joueur » de Fritz Lang nous plonge au coeur de la République de Weimar en Allemagne en 1922 et à travers cette fiction il démonte les mécanismes qui constituèrent les prémices de la deuxième guerre mondiale et de la montée des idéologies mortifère de la première moitié du XXe siècle. Ici c’est la vie à  Berlin dans l’entre deux guerres que nous découvrons en arrière plan du scénario et du film d’action.

D’ailleurs le sous titre du film est sans équivoque « Le joueur, une image de notre temps » !

Le cinéma était alors un moyen de fixer la réalité de l’époque, un moyen au sens premier extra-ordinaire qui enregistrait la vie de tous les jours et qui fut un témoin de cette période si proche et qui semble si lointaine…

« In weiter Ferne, so nah » dirait Wim Wenders pour rester sur une parabole cinématographique !

Premiers pas…

Un jour, un peu par hasard, j’ai décidé de rechercher les principales dates qui avaient jalonnées la vie des mes parents et grands parents, de mes proches ascendants tout au plus. Une simple idée en tête au détour d’un Dimanche après midi, je voulais le faire depuis longtemps, il fallait concrétiser…

Les recherches butent rapidement sur mes arrières grands parents, peu d’éléments en ma possession, un simple livret de famille, et quelques souvenirs, ma mère me parlant de son père né à Tours et d’un grand père forgeron.

Je recherche alors rapidement sur internet quels sont les outils consultables, et je lis un article sur les tables décennales et la possibilité de les consulter en ligne… pour vérifier je vais directement sur le site des archives de l’Indre et Loire et assez rapidement, je retrouve sur un registre la trace de mes arrières grands parents, cette trace, cette rayure du temps inscrite d’une belle écriture à l’encre sur une feuille de papier est troublante… toutes ces vies consignées, tous ces moments clés inscrits, naissances, mariages, décès, les témoins, parents et amis mentionnés, toute une mémoire nationale, des milliers de trajectoires qui s’entrecroisent sont là, sous mes yeux, il va suffire de remonter les fils, avec plus ou moins de facilité, de déchiffrer, d’explorer pour reconstituer toutes ces vies, tous ses parcours…

Aujourd’hui, 6 mois après j’ai avancé, et surtout je mesure tout le travail qui est devant moi… au fur et à mesure de ma progression je réalise que la croissance est exponentielle et qu’il va falloir trier, fixer des priorités et surtout un plan de recherches précis !

Avant la Révolution de 1789 les choses se compliquent encore, les archives sont moins précises, et plus je remonterai le temps plus il faudra déchiffrer, utiliser les ressources de la paléographie que je ne maîtrise pas.

Il faudra apprendre de nouvelles techniques d’investigation, réviser l’histoire de France et relier les générations aux strates chronologiques, régimes politiques, guerres, épidémies,…

Un jour peut être j’atteindrais le XIIIe siècle, et les contemporains des artistes qui bâtirent la cathédrale de Chartres,  horizon à ce jour inaccessible, je suis laborieusement et partiellement arrivé à la fin de l’Ancien Régime,mais il est toujours stimulant de se fixer des objectifs ambitieux !