Q – Quatorze (La paysannerie sous Louis XIV)

Mathieu AULHANIER (Sosa 532) épouse Clauda LARDON (Sosa 533) en 1695

La branche des AULAGNIER (AULANIER, AULHANIER…), en l’état de mes recherches semble trouver son origine géographique en Haute-Loire, plus précisément à Tence au lieu-dit de Costerousse.

Leur vie quotidienne était-elle conforme à cette représentation, mise en tête de publication, de Louis Le Nain de 1642 « Famille de paysans dans un intérieur » conservée au musée du Louvre ?

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Mathieu AULHANIER était ménager…

Wikipédia donne une définition de ménager tirée du Dictionnaire du monde rural de Marcel Lachiver, Fayard 2006

Le paysan ménager (féminin ménagère) de ses biens est un propriétaire moyen produisant de quoi vivre pour lui et sa famille mais moins riche que le paysan laboureur et possédant entre cinq et quarante hectares, éventuellement une paire de bœufs. Il y en a deux ou trois par village. Il ne vendait sur les marchés que la plus faible partie de sa récolte.

On peut donc considérer qu’il était autosuffisant au plan de l’alimentation de sa famille, mais sans doute directement impacté en cas de mauvaise récolte du fait d’intempéries.

Les condition de vie étaient donc rudes, l’hygiène sans doute assez sommaire, et on imagine avec difficulté dans les veillées au coin du feu des coiffes immaculée et des instruments de musique…

« L’idéalisme rustique qui émane des œuvres des frères Le Nain ne reflète sans doute pas la réalité de la condition paysanne dans ses couches les plus modestes.

Journaliers et saisonniers, qui constituent la majorité de la population rurale, habitent le plus souvent une humble mais honnête chaumière de pierre ou de torchis, couverte de roseaux. A l’intérieur, une seule pièce, chauffée par une cheminée, communique avec l’étable. Le sol est de terre battue. Autour s’étendent la cour, avec ses volailles et son tas de fumier, la mare et un lopin de terre, avec des cultures de choux, de fèves et quelques arbres fruitiers.

L’espérance de vie ne dépasse pas 25 ans

Le mobilier est des plus simples : une table, deux bancs ; une couchette de bois avec un grossier matelas de paille, où l’on dort à plusieurs, des couvertures, pas toujours de draps ni de couettes. Pas d’armoire ni de buffet, mais deux ou trois coffres, où l’on serre un peu de nourriture et ses nippes, robes, sarraus, tabliers, vieux vêtements usés ou rapiécés, rarement lavés. Des baquets permettent de faire de temps à autre la vaisselle : marmites, pots de terre ou de fonte, assiettes, écuelles de bois ou de terre, couteaux (il n’y a pas de fourchettes). La femme travaille non seulement au foyer et au jardin familial, mais aide aussi son mari dans les champs. »*

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En lisant ces lignes, les images du film de Bela Tarr Le Cheval de Turin « A Torinói ló »  me reviennent à l’esprit. Ce film apocalyptique décrit en une dizaine de plans séquence la vie quotidienne d’un cheval, d’un paysan (d’un ménager) et de sa fille. Nous sommes en 1889, le point de départ du film est un fait réel (1), mais nous pourrions tout aussi bien, compte tenu du dénuement des personnages et de leur environnement, être deux siècles plus tôt. Rien n’a changé ici… Nous sommes plongés au coeur d’un monde rural qui n’a présenté aucune aspérité à la modernité.

(1) Le 3 Janvier 1889, à Turin, Friedrich Nietzsche assiste à une scène au cours de laquelle un cocher brutalise son cheval qui est exténué. Nietzsche révolté se jette au cou du cheval pour le protéger, la scène est si violente que l’on date le début de la démence du philosophe de cet instant. Le film de Béla Tarr raconte la vie du cheval à partir de ce moment.

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Sources :

« La France de Louis XIV, pays de contraste »

Jean-Christian PETITFILS Le Figaro 15/10/2007

Dictionnaire du monde rural de Marcel Lachiver, Fayard 2006

P – Passementier

Alexandre Louis Charlemagne AULAGNIER 1819 – 1892 (Sosa 16)

L’industrie textile représentait en France un pan majeur de l’activité économique et industrielle du XIXe siècle avec 4.7 millions de travailleurs.

Filature et tissage en Bretagne, Coton en Normandie, Lin dans le Sud-Ouest…

La région Rhône-Alpes est depuis le XIXe siècle en pointe dans ce secteur avec un important marché aux toiles à Voiron (38), les lainages à Vienne (38), les broderies à Tarare (69) , le travail de la soie à Lyon, les moulinages en Ardèche… et la passementerie à Saint Étienne.

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Elle consiste en la confection de cordons, franges, liserés, dentelles et rubans destinés à l’embellissement des vêtements ou d’éléments d’architecture intérieure.

En fait l’activité liée à la passementerie à Saint Étienne est plus spécialement dédiée à la rubanerie.

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Elle se concentre sur les quartiers du Crêt de Roc et de Montaud.

Elle vient en complément des autres secteur phares du développement de la ville, la sidérurgie, la mine, les armes et les cycles.

Au plus fort de cette activité on comptait près de 7000 ouvriers qui travaillaient dans des usines au sein de la ville, alors que dans la région Lyonnaise concurrente elle tendait à investir plutôt les territoires péri urbains.

Sources :

Médiathèque de Saint-Etienne.fr

Saint Etienne tourisme

Wikipedia
La concentration dans l’industrie textile française au milieu du XIXe siècle Claude Fohlen / Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine

 

N- Notaires

Me PIEGAY (Saint Héand – Loire) & Me PASSEMARD (Fontanes – Loire) / Mariage COLOMB – GRATALOUP

Caricaturiste du journal éponyme «la caricature »  fondé en 1830, et dans lequel Honoré de Balzac écrivait, Daumier a dépeint le monde des magistrats et des professions juridiques avec férocité…

Les Notaires, si ils n’interviennent pas au niveau de l’état civil, prérogative régalienne, sont en arrière-plan, omniprésents, pour enregistrer et organiser la transmission des patrimoines dans le cadre du mariage et des successions.

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Le généalogiste sait bien que leurs minutes sont de précieux auxiliaires pour leurs travaux !

Mais qu’en est-il des racines historiques de cette profession ?

Leur apparition intervient au IIIe siècle à Rome, puis on assiste à l’extension à la Gaule de scribes en charge du recensement des terres en vue d’assurer le règlement des impôts fonciers.

Il faudra attendre la fin du Moyen-Âge et du système féodal pour arriver aux règnes de Saint Louis et Philippe le Bel, qui ont œuvré au renforcement du pouvoir royal et à la constitution d’un état puissant et incontesté, pour que la fonction notariale irrigue l’ensemble de la France.

Avec l’ordonnance de Villers-Cotterêts François Ier institue l’usage du français et non plus du latin pour la rédaction des actes.

La Révolution ne changera rien au système en place, et Bonaparte Ier Consul par la loi du 25 Ventôse an XI créera le statut des Notaires dont les principes de fonctionnement (vénalité des charges) restent d’actualité.

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Création le 2 Novembre 1945 du Conseil des Notaires, dernier acte à la structuration de la profession.

L’examen de l’acte de mariage du 9 Mai 1889 en double minutes d’Émile Benoit Colomb, cultivateur et de son épouse Marie Claudine Grataloup laisse apparaître que le Notaire, après avoir procédé à l’inventaire détaillé  des patrimoines des futurs conjoints indique la nature du régime matrimonial retenu, la communauté de biens réduite aux acquêts (art 1498 et 1499 du code civil), et fixe les conditions de la dissolution en cas de décès d’un des conjoints.

L’acte qui sera enregistré est formalisé sur deux feuilles de papier timbré à 1,50 francs.

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Illustration d’en tête : Honoré Daumier

Sources :

Notaires de France

M – Montaud

Marie COLOMB (Sosa 7) Camille Clément Marcel RICHER (Sosa 6) Jeannine RICHER (Sosa 3)

« We leave the place we love, then spend a lifetime trying to regain it… Come closer now and see your dreams. Come closer now and see mine. » – Terence Davies « Of time and the city »

« Nous quittons l’endroit que nous aimons, puis nous passons toute notre vie à essayer de le récupérer. Rapprochez-vous maintenant et voyez vos rêves. Approchez-vous maintenant et voyez le mien ».

Le quartier de Montaud est celui dans lequel à Saint Etienne entre 1913 et 1976 ma mère et ses parents ont vécu. Plus qu’un quartier de Saint Étienne c’est un village dans la ville avec son rythme propre et son identité très affirmée, une lumière tamisée un peu grise, une odeur particulière de charbon qui s’imposait à moi à chaque arrivée lors des visites rituelles et mensuelles à mes grands-parents…

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Bien peu d’animation dans cette rue de la Visitation où il résidaient après avoir quitté dans les hauteurs de Montaud l’avenue Jacquemont. La vie commençait à l’arrêt du tram de la Place Carnot, et en même temps l’impression d’être comme hors du temps, à l’abri…

Au coeur du quartier, dans le square Girodet, l’église, centre de gravité du quartier pour ma grand mère qui n’aurait jamais raté la première messe.

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Montaud (Monte alto) est une ancienne commune française de la Loire, située sur une colline au Nord-Ouest de Saint Étienne délimitée au sud par le quartier de Beaubrun.

Elle a été créée pendant la Révolution française et sera rattachée à Saint Étienne en 1855.

Au XIXe siècle Montaud était le quartier des Passementier-rubaniers, avec également une activité minière avec  13 puits de mine et notamment l’exploitation du puits Sainte Marie

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Aujourd’hui Montaud est un quartier résidentiel, qui compte environ 11.000 habitants sur un total de 170.000 habitants pour le total de l’agglomération stéphanoise.

Sources :

Wikipedia / Montaud

K – Kafkaïen / Généalogie de Joseph Sapey

Joseph Henry SAPEY 1836 – 1900 (Sosa 20) & Séraphie PAIRE FICOUT 1839 – ? ( Sosa 21)

Tout commence de manière très banale avec l’acte de naissance de Henri Régis Emile SAPEY du 29 Août 1871 à Retournac (Haute Loire), fils de Joseph Sapey 34 ans employé aux chemins de fer et de Séraphie Perdifico.

Joseph Sapey avait 34 ans lors de la naissance de son fils, il a donc dû naître vers 1837 et se marier entre 1855 et 1871… je me lance donc à sa recherche, à priori cela semble plutôt simple…

Pour remonter la généalogie de cette branche, je recherche d’abord l’acte de mariage des parents, Joseph et Séraphie, évidemment dans un premier temps à Retournac, et, je ne trouve rien !

Qu’à cela ne tienne, dans la mesure où le mariage du fils est intervenu en 1898 à Saint Just sur Loire (Loire) je cherche alors dans cette commune… toujours rien.

Le père étant « employé aux chemins de fers » j’oriente alors ma recherche pour le mariage sur les communes autour de la ligne PLM, Le Puy, Yssingeaux, Saint Etienne… aucune trace.

Je m’oriente alors plutôt vers la recherche de l’acte de naissance, et fini par trouver un Joseph Sapey né à Lyon en 1837 à l’hôpital de la Charité de père inconnu et de Benoite Rose Sapey. Victoire enfin !!!

… mais je dois vite me résoudre à abandonner cette piste, cet enfant ayant été placé en famille d’accueil en Isère dans la région de La Verpillère, est décédé en bas âge…

Une nouvelle piste à explorer alors, l’épouse Séraphie Perdifico ! Avec un nom de famille aussi atypique, cela va être facile ! Une origine espagnole ou italienne ?

Et là c’est le brouillard total, rien nulle part, Généanet est muet, Filae également, le nom n’apparaît jamais !

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Je demande alors à Sophie Boudarel, »La Gazette des Ancêtres » de m’aider à trouver une piste.

Elle débloque la recherche en lançant dans Généanet une requête sur le couple mais en indiquant uniquement le prénom de l’épouse, prénom peu courant au demeurant. Et miracle, un mariage entre un Joseph Henry Sapey et une Marthe Séraphie Paire Ficout (Paire dit Ficout, Perdifico… ?) apparaît à Têche en Isère..

Cette piste sera ensuite remontée et vérifiée par elle et je découvre que Joseph Henry Sapey était en fait né en Isère à Saint Vérand… bien au delà de la Haute Loire et de la Loire !

Je cherchais dans la mauvaise direction… et parfois une recherche internet élargie permet d’avancer lorsque l’on est bloqué. Et puis surtout les généalogistes professionnels sont de bon conseil lorsque l’on est dans une impasse ! Encore un immense merci à Sophie !

Photo d’en tête : Le Procès- Orson Welles (1962) – d’après le livre éponyme de Franz Kafka

Sources :

La gazette des ancêtres