S’inscrire dans une chronologie…

Le généalogiste par définition inscrit ses recherches dans l’histoire en remontant chronologiquement les générations et en situant les individus qui les composent dans le temps.

On définit ainsi la généalogie comme science auxiliaire de l’histoire compte tenu de leur étroite corrélation.

Pour autant, l’approche méthodologique des deux disciplines est assez différente. Là où l’une reste essentiellement (mais non exclusivement) dans une démarche chronologique verticale, l’autre tend depuis les années 70 à privilégier la transversalité.

Cette rupture dans la méthode d’enseignement de l’histoire remonte au début des années 70, comme l’expliquait Philippe Klaus lors d’un séminaire sur les nouvelles pratiques pédagogiques :

« L’évolution rapide des attentes de l’institution a pu déstabiliser de nombreux enseignants. Après une relative stabilité des instructions officielles tout au long de la IIIème et de la IVème République, l’arrêté du 7 août 1969 qui réserve six heures aux disciplines d’éveil et les textes de 1977 qui les définissent marquent une rupture profonde.

Pendant plus d’un demi-siècle l’histoire, la géographie, la morale et l’instruction civique ont été des enseignements indissociables au service de la patrie et de la République. Les programmes, très structurés, insistaient sur la nécessité de faire connaître les plus grands personnages et les faits principaux de l’histoire nationale. En histoire, la méthode pédagogique préconisée s’appuyait sur le récit et sur un dialogue entre le maître et ses élèves. Les instructions officielles insistaient de plus sur l’observation, la mémorisation et la localisation.

Avec les textes du début des années 70, l’objectif a été d’éveiller la curiosité des élèves, de leur apprendre à réfléchir à partir d’observations, en partant du plus proche pour aller au plus lointain, avec une forte insistance sur l’exploitation de l’environnement proche. Les activités d’éveil ont suscité de fortes résistances, elles étaient objectivement difficiles à réussir, elles étaient contestables (…), dans la mesure où elles présentaient les faits, les évènements, les situations de façon occasionnelle sans l’exigence de la chronologie et sans prise de conscience de la relativité des valeurs. » (1)

Cette volonté affichée de modifier le mode d’enseignement de l’histoire jugé de manière péjorative « au service de la patrie et de la République » a conduit à une réforme drastique, à une révolution culturelle au sens premier du terme, l’enseignement traditionnel ne permettant pas selon les promoteurs de cette réforme de favoriser « la prise de conscience de la relativité des valeurs »…

Il fallait casser ce modèle suspect d’arrières pensées rétrogrades, il fallait en recomposer un plus conforme à la pensée « mainstream » pour reprendre ce terme anglais de « marketing », et effacer purement et simplement l’ancien qui n’était plus conforme à la nouvelle doxa.

Donc l’exigence de la chronologie et d’une vision globale de l’histoire de France seront abandonnées sur l’autel de cet a priori dogmatique et idéologique.

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… Je me souviens encore de mon premier TD d’Histoire des Institutions et du grand moment de solitude qui nous a tous saisi lorsque l’assistant en préambule de son premier cours nous a demandé de noter sur une feuille les principales dates marquant la chronologie des systèmes politiques de l’ouverture des États généraux à Versailles aux débuts de la Vème République. Nous en étions incapables, nous n’avions aucune vision d’ensemble ! Comment ensuite pouvoir comprendre que les évènements devaient aussi être mis en perspective les uns par rapport aux autres avant de prétendre les analyser.

Cette expérience est à mettre en parallèle avec ce que François Lebrun écrit dans le préambule de son livre sur « L’Europe et le Monde XVIème – XVIIIème siècle » (2) :

« … en mettant l’accent sur l’histoire thématique ou structurelle au détriment de l’histoire chronologique, ces nouveaux programmes se sont révélés dommageables… si les meilleurs des bacheliers entrant désormais en première année d’histoire à l’université connaissent bien certaines questions, la plupart, sinon tous, manquent cruellement de cette connaissance minimale du tissu évènementiel sans lequel toute réflexion historique est condamnée au verbiage... »

La généalogie permet de se réapproprier ce tissus évènementiel en ce qu’inévitablement nous relions la vue de nos ancêtres à leur temps, à l’histoire, aux soubressauts politiques, économiques et sociaux, cela dans une démarche chronologique structurée qui permet dans un deuxième temps d’avoir une approche plus transversale.

La généalogie est ainsi peut être plus révolutionnaire qu’elle n’y parait de prime abord !

(1) Actes du séminaire – Acquis des élèves et pratiques d’enseignement à l’école primaire, au collège et au lycée – Philippe Claus, inspecteur général de l’Éducation nationale, groupe du premier degré

(2) Éditions Armand Colin

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